L’autruche de la productivité est parmi nous…

Récemment, La Presse a fait état d’une grande entreprise de conseil en informatique ayant choisi de prolonger la semaine de travail de ses employés de 2h30 (non rémunéréwink/. L’entreprise en question indiquait que cela lui permettrait d’être plus concurrentielle et que c’était un moyen pour elle de s’adapter aux politiques de ses concurrents.

Voilà donc l’un des plus importants acteurs dans le domaine des technologies de l’information au Québec, bénéficiant depuis de très nombreuses années de subventions généreuses et de contrats publics du gouvernement du Québec qui exprime que face à la compétition internationale il n’avait pas d’autre choix que de réduire ses coûts et par là même les salaires de ses employés, en leur demandant de travailler dorénavant 40 heures par semaine payées 37,5, afin d’améliorer sa productivité.

Ainsi, pour cette entreprise, augmenter le nombre d’heures travaillées permettrait d’améliorer la productivité ? Pas si sûr… Vouloir réduire les coûts de production en réduisant les salaires, c’est confondre l’augmentation de la production avec l’augmentation de la productivité. Allonger le temps de travail n’est pas une solution viable à moyen terme, même si elle permet d’augmenter les profits de l’entreprise à court terme et accessoirement le niveau de mécontentement de ses employés!

La problématique devrait plutôt être posée dans les termes suivants : sachant que le coût d’un ingénieur indien localisé à Bangalore est très substantiellement inférieur à celui d’un informaticien montréalais, y a-t-il un avenir pour la production de systèmes informatiques au Québec ou faut-il se résigner à voir ces emplois très spécialisés délocalisés en Inde (ou ailleurs)?

Une des réponses à cette problématique réside justement dans les gains de productivité que nous sommes en mesure d’aller chercher. L’objectif ici est de produire les mêmes systèmes d’informations en utilisant MOINS de ressources. Il faut s’organiser de manière à ce qu’une équipe montréalaise d’une quinzaine de personnes soit plus efficace, plus productive et plus rapide qu’une équipe de 50 personnes basée à Bangalore.

Comment? En mettant l’emphase sur la flexibilité de la solution proposée, en utilisant d’une manière généralisée les standards, en réutilisant du code et des infrastructures ayant fait leurs preuves pour réduire le nombre de ressources et la quantité d’efforts nécessaires pour livrer un projet informatique.

Les technologies à notre disposition rendent cette approche des plus opérables. Dans ces conditions pourquoi les grandes entreprises de services ne profitent-elles pas de ces approches disponibles et éprouvées? Tout simplement parce que ce n’est pas leur intérêt! Les entreprises de service ont l’habitude de facturer leur travail à l’heure. Réaliser un projet avec moins de ressources a pour conséquence une baisse directe et proportionnelle de leur chiffre d’affaires ! Ce sacro-saint paradigme est révolu et nous devons penser davantage en fonction de la nouvelle réalité technologique et économique.

Cessons de jouer à l’autruche en matière de productivité !

La solution ? La facturation à la tâche ou au forfait. Il faut passer d’un engagement de moyens (facturation à l’usage) vers un engagement de résultats. C’est la seule manière pour valoriser les gains de productivité et la valeur ajoutée produite par les équipes de livraison. C’est à cette condition qu’il sera possible de sauvegarder des emplois au Québec et d’y produire des solutions de qualité à un coût compétitif, y compris vis-à-vis des producteurs outre-mer.

En définitive la délocalisation outre-mer de nos emplois informatiques n’est pas une fatalité, et il n’est pas non plus nécessaire de demander à nos employés de travailler plus ou de réduire leurs salaires à partir du moment où nous misons sur l’innovation, la recherche de valeur ajoutée et si nous adoptons une organisation du travail permettant de privilégier l’efficacité et la productivité de nos équipes locales.

Cette approche nécessite un changement de mentalité et d’organisation tant chez les fournisseurs que chez les clients. L’autruche doit relever la tête pour voir tout le potentiel que peut nous apporter un nouveau modèle d’organisation de livraison et de facturation du travail.

Toutefois, cette remise en cause pourtant nécessaire et souhaitable est parfois plus difficile à faire que de choisir de réduire les salaires de ses employés ou d’impartir un projet en Inde.

par Eric Le Goff

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